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Le double paradoxe ethnique
Avant la guerre, Pristina abritait près de 250 000 habitants (80% d’albanophones et 20% de langue serbo-croate). Aujourd’hui, la ville est habitée par presque 500 000 Albanais et seulement 2 000 Serbes (soit 0,2% de la population totale). La guerre destinée à enrayer le conflit ethnique a eu pour effet de créer une société urbaine monoculturelle. Et pourtant, paradoxalement, Pristina est aujourd’hui l’une des villes européennes qui concentre le plus grand nombre d’ethnies. Depuis juin 1999, un nombre croissant de civils et de militaires s’est installés au Kosovo. Entre la KFOR, l’UNMIK, les quelques 500 ONG, le Haut Commissariat aux réfugiées des Nations Unies et les autres agences onusiennes, les étrangers présents sur place représentent au total plus de 60 000, issues de quarante pays différents.
A l’heure actuelle, deux villes cohabitent au sein de Pristina : d’un coté, la ville des résidents s’étend dans un espace public complètement livré à lui-même – une accumulation de déchets à ciel ouvert ; de l’autre côté, la ville des militaires et des membres des ONG forme une cité d’ « enclos autogérés » (casernes, camps d’entraînement, bureaux, camps d’activités sportives, quartiers résidentiels luxueux, bars, restaurants et boîtes de nuit), entre lesquels une petite armée de jeeps blanches ne d’aller et venir.
La ville des étrangers – parallèle et néanmoins séparée de celle des résidents -, s’est superposée à cette dernière par un réseau dense de petites « enclaves » protégées par des clôtures. Contrairement aux autres villes « occupées » par des forces multinationales ou de représentants de la diplomatie internationale, il ne s’agit pas de grandes zones spécialisées, mais bien plutôt d’un archipel composé de modestes enclos. L’artère bordée par les différents enclos constitue l’espace où les deux villes s’imbriquent sans se mélanger.
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