Tient je ne c'est pas si cela peut t'aidé mais c'est la conclusion de mon mémoire de 5ème année. (Tu comprendra que je ne met pas tout il fait env. 80 pages, si tu veux je peut te l’envoyer mail) désolé c'est un peu long.
Thème: le paysage des canaux, comment les canaux sont devenus paysage?
Pour conclure, on a pu remarquer tout au long de la lecture de mon mémoire, que les canaux sont des « objets technique » et des « sujets de paysage » qui s’inscrivent et marquent le territoire de façon considérable. Les canaux ont effectivement, été dotés d’intérêts variés et différents suivants les époques auxquelles ils sont perçus. A l’heure actuelle, l’objectif commercial de transport de marchandises n’est plus aussi vivace qu’à l’origine des réalisations du réseau fluvial Français. En revanche, l’économie touristique a prit une ampleur considérable depuis la fin du XIXème siècle. Cette notion nouvelle du tourisme fluvial, se caractérise par une réunification, une gestion, une organisation des différentes notions valorisant non seulement l’objet technique, mais aussi le sujet paysage. Cependant, le tourisme n’existerait pas si les canaux n’étaient pas devenu une source paysagère importante, de façon urbaine mais aussi rurale.
Dans la dernière partie de mon mémoire je tente de répondre à la question suivante : Pourquoi et comment « l’objet technique » est-il devenu « sujet de paysage » ?
Pour répondre à cette question, nous avons pu remarquer que les paysages qui émanent des canaux sont les conséquences de l’interaction des différents domaines d’évolutions de notre société occidentale ; des caractéristiques sociales, politiques, économiques et culturelles.
En premier lieu, c’est l’origine même des commandes qui permirent une plus grande liberté aux artistes lors de leurs réalisations picturales. En effet, les artistes jusqu’au début du XIXème étaient tributaires des volontés de leurs clients. Ces clients ou commanditaires étaient soit les instances religieuses, soit le pouvoir royal et sa cours. Les volontés étaient donc très orientées et ne laissait aucune place à l’artiste pour s’exprimer comme il le désirait. L’Eglise et les souverains successifs étaient soucieux de rendre compte par ces œuvres picturales de la valorisation de leur pouvoir. E. H. Gombrich nous explique clairement ces motivations :
« User des prestiges de l’art pour manifester sa propre puissance n’était pas le monopole de l’Eglise romaine. Les princes souverains de l’Europe du XVIIème siècle étaient également désireux de faire étalage de leur pouvoir pour affirmer leur emprise sur leurs peuples. Ils voulaient paraître, dans leur gloire, des créatures d’une espèce supérieure, élevées par un droit divin bien au-dessus du commun des mortels. Cela s’explique particulièrement au plus puissant monarque de cette époque, le roi Louis XIV. »
Ce n’est donc pas un hasard, si dans les pays protestant la peinture de paysage a pris une toute autre tournure, et si ces artistes avaient une avance considérable sur la peinture de paysage Française. Toutefois, il serait convenable de mettre une réserve sur cette affirmation, car de nombreux artistes paysagistes français ont par leurs talents influencés les artistes de paysages protestants. (Le Lorrain, Watteau, Fragonard, …)
Mais il est évident que ce régime politique et l’éthique protestante, ont facilités le développement d’un genre pictural soucieux de la représentation du paysage d’une manière plus « familière ». Les artistes anglais étaient aux XVIIIème siècle par exemple, beaucoup plus libres et surtout affranchis des volontés de montrer et valoriser le droit divin. Nous avons vu que, le paysage dans la peinture est apparu grâce au « laïcisme » de la nature.
« (…). Au XVIIIème siècle, les institutions anglaises étaient comme exemplaires par tous les Européens épris de raison. On pourrait dire la même chose du goût Anglais, car en Angleterre l’art n’avait pas été mis au service de gouvernants de droit divin et de leur gloire. »
C’est à la suite des grands bouleversements politiques que connue la France avec notamment la révolution et l’arrivée de l’empire, que les commanditaires changent de statut. Aux monarques et religieux, se substitue une bourgeoisie nouvellement installée qui désire un tout autre genre pictural, mais surtout, ils achètent les peintures après qu’elles soient réalisées. Ce changement est dû notamment à la rupture de la tradition académique. Les artistes acquirent une plus grande liberté d’action, de choix, de genre, de technique, etc. On peut donc remarquer que le changement dans la culture même des artistes leur offre une autre conception et perception de leur métier. Cette nouvelle façon d’appréhender leurs modes de conceptions et la liberté qui leur est nouvellement disponible, les poussent à de nouvelles attitudes. Par exemple, Claude Monet, lui sort de son atelier et se rend sur le site lui même, dont il s’efforce dans ressortir toutes les impressions, qui lui sont offertes lorsqu’il contemple la scène qui se trouve face à lui. Il peut d’ailleurs en ressentir toutes les émotions étant lui même dans l’environnement de cette scène.
« (…). Monet pressait ses amis d’abandonner leurs ateliers et de peindre exclusivement devant le « motif ». (…) si cette idée de Monet, que tout sujet de plein aire doit être exécuté et même achevé sur place, exigeait du peintre un complet changement d’habitudes et le renoncement à son confort, elle entraînait nécessairement des méthodes technique nouvelles. »
Bien entendu, cette rupture de la tradition n’est pas un fait nouveau pour les artistes impressionnistes, c’est d’ailleurs le phénomène qui se trouve à l’origine du mouvement Romantique, dès le milieu du XVIIIème siècle. C’est grâce aux artistes Romantiques, tel que : William Turner (Angleterre), Caspar David Friedrich (Allemagne), et John Constable ou encore Eugène Delacroix (en France), que la peinture de paysage sort du « placard » et devient un genre à part entière. De plus, ces artistes ont crées une nouvelle manière d’apprécier l’environnement, avec l’apparition de nouveaux paysages appelés « sublime ». (La montagne, la mer, la forêt, les marais, le brouillard…).
C’est cette recherche de la réalité, que les peintres réalistes du début du XIXème siècle vont s’attacher à décrire, les plus grands représentants de cette attitude en France sont Corot, Courbet et Millet. Le réalisme, fut un mouvement exclusivement Français, il était lié au courant d’idées républicaines et socialistes qui aboutit à la révolution de 1848. Mais leurs motivations restent encore trop timide, seul Corot s’intéressa d’ailleurs aux canaux, mais, sans réelles convictions. En effet, ces peintres paysagistes et animaliers avaient une certaine inquiétude, et refusaient la modernité, mais plus encore, la civilisation urbaine. Leurs motivations se trouvaient dans la recherche de la nature à outrance, vierge et sauvage. Ceci, tout en refusant l’imaginaire romantique qui pour eux exagérait l’émotion et altérait la sensation.
La révolution industrielle, ainsi que, la transformation urbaine des cités vont orienter les artistes vers de nouveaux paysages. En effet, la littérature et la peinture du XIXème siècle sont soucieuses de décrire le monde dans lequel elles évoluent. Le changement physiologique et morphologique des villes, avec notamment l’arrivée du chemin de fer, incite les artistes à décrire cet univers industriel et urbain.
En effet, la vision du monde qui avait été celle du Classicisme ne correspondait plus du tout à l’intense mutation que vivait le XIXème siècle. La dynamique industrielle, créa donc un changement radical de valeur, un bouleversement de l’économie, de la société, une altération du paysage, une destruction parfois brutale du patrimoine culturel. A ses débuts, il est évident que l’attitude des artistes fût un refus pur et simple de toute idée de modernité et de société urbaine, l’arrivés des impressionnistes permit une nouvelle orientation. Pissarro, par exemple s’est longtemps attaché à des vues urbaines.
C’est avec ces nouvelles apparitions que le goût du paysage urbain prend naissance, et que du même coup de nouveaux paysages sont alors inventés, dont ceux des canaux. Alain Corbin nous explique ce changement dans les codes esthétiques de notre société :
« (…). Il faudrait, pour bien saisir l’évolution des codes esthétiques, évoquer la propagation et l’élargissement des objets de l’admiration, la conquête progressive de la beauté de ce que l’on peut considérer comme des « non-lieux », pour reprendre l’expression de Marc Augé. Considérons, par exemple, le chemin de fer : espace des gares, l’alignement des rails n’ont guère été appréciés avant le dernier tiers du XIXème siècle. Il ne s’agissait pas d’un paysage, au sens où nous l’avons défini. Les représentations de la Gare Saint-Lazare par Monet ont, ici, accompagné la littérature. Il faut, en effet, attendre les Sœurs Vatard de Huysmans et La bête humaine de Zola pour que de tels espaces deviennent des paysages littéraires. »
Le développement des loisirs, des réunions festives sur les bords des canaux possède aussi sa part de responsabilité. Car les artistes décrivent non seulement un lieu urbain nouvellement apprécié mais aussi les mœurs des citadins de leur époque. En fait, l’attitude des citadins de fuir l’incommodité de la ville en se réunissant dans un site interne à la ville mais permettant un certain dépaysement, à attirer l’attention des peintres alors à la recherche de scènes de la vie quotidienne de leurs contemporains. C’est là une des principales raisons de la création et de l’invention des paysages des canaux, et par là du passage d’ « objet » à celui de « sujet ».
Il me faut toutefois ajouter une chose, le chemin de fer devenant le moyen de transport le plus favorable à l’économie, il prit un ascendant considérable sur le transport fluvial. Les canaux furent du coup plus ou moins abandonné, ce qui permit une vision moins utilitaire de cet objet technique. Pour devenir un sujet d’une vision plus paysagère du fait de sa moindre utilité de son délaissement par endroit. C’est en fait, un passage d’un état d’utilité donc de « lieu » , à un état esthétique de paysage. De plus, il devient un espace de mémoire à étudier tout comme l’était à une certaine époque la mémoire classique de la Rome antique. C’est la recherche de la mémoire, autrement appelée « le voyage classique » qui entre en vigueur pour des canaux qui possèdent dès lors, une histoire conséquente, un intérêt technique et un esthétisme certain.
Ce sont donc tous ces facteurs et leur interactions communes, qui induirent les artistes de la fin du XIXème siècle (Sisley, Pissarro, Marquet, …), à s’intéressés, à un nouvelle esthétisme technique et urbain, concernant en l’occurrence les canaux. Cet intérêt nouveau, c’est donc traduit par l’ « artialisation » de l’environnement des canaux en paysages des canaux.