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2 utilisateurs inconnus

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Auteur
 Sujet :

Non Merci !!!

 
n°3202
cnevians
Profil : aRootsien(e) Diamant
Note : 3.3/5 pour 17 votes
Posté le 26-03-2008 à 04:12:38  profilanswer
 

daté d'aujourd'hui ...
 
http://www.lemoniteur-expert.com/a [...] B25BC4.htm
 

Citation :

"Non merci ! (pourquoi je me retire de l’architecture)" par David Ventre, architecte
Arrière petit fils, petit fils et fils d’architectes pour la plupart inscrits dans les annales, j’ai moi-même été lauréat de prix d’architecture (AJA, prix AMO, Prix National de la Réhabilitation).
Le talent que quelques uns m’ont m’accordé n’y fait rien : dans ces batailles de guerriers, avec ces partenaires qui nous astreignent à leur diapason contentieux et procédural, nous
passons tout notre temps à déjouer leurs pièges et perdons peu à peu notre œil, notre main, notre intellect pour guider notre pensée, notre sens pour garder notre humanité. Un gâchis !
Pourquoi ?
Pour accepter d’être humilié, méprisé, ruiné ?
NON MERCI !
 
Pour être court
 
Primo : Un lycée d’une région de France, dont le projet était récemment exposé à la Maison de l’Architecture.
Le dossier APD a été refusé par un client, conseillé par un officier sapeur-pompier, qui a exigé d’avoir tout d’un coup deux entités séparées alors que mon projet était un seul établissement.
Pour un architecte, cela l’oblige à changer la plupart de ses plans, ses coupes, ses façades !
Pour motiver ses refus, le client a fait sous traiter à mon économiste la vérification de mes plans.
Ce même client m’a convoqué de façon récurrente en abusant de façon unilatérale de ma disponibilité.
Je n’ai été payé qu’à la remise d’un projet compatible avec toutes les exigences aux proportions swiftiennes du sapeur-pompier. J’avais un dossier de 60 plans "A0", mon atelier n’a pu le supporter ! Une fois l’APD rendu après quatorze mois de travail continu, j’ai licencié tous mes salariés, dont le paiement des salaires a représenté la totalité de mes honoraires.
Le client a alors réduit ces honoraires de 23 %. Il a même poussé l’extravagance d’appliquer des pénalités de retard sur des modifications qu’il avait lui-même demandées. Il tente aujourd’hui de faire payer par mes assurances deux mois de retard de l’entreprise.
 
Actuellement je conduis presque seul un chantier de 12.000 m2 sur un terrain 2,5 hectares. Je n’ai pas eu les moyens d’embaucher qui que ce soit et le plein temps que demande ce chantier m’interdit toute prospection pour rebondir.
Je n’ai pas pu m’inscrire à des concours pendant trois ans (dur métier, où l’on chemine toujours à découvert, passant de l’immobilier à l’immobile). Après cinq ans, je peux de nouveau m’inscrire aux concours. Entre temps j’ai perdu tous mes contacts et je ne suis plus retenu : engrenage prévisible d’un étranglement.
Une procédure est toujours en cours et j’attends mes honoraires depuis six ans.
 
Secondo : J’ai construit un programme de logements pour une SEM d’un département. Parcours sans faute qui a reçu le prix national du Ministère de la Culture consacré à la réhabilitation urbaine. La maîtrise d’ouvrage déléguée a amené l’entreprise générale devant les tribunaux pour ses huit mois de retard contractuel. Celle-ci a tenté de mettre en cause l’architecte. La maîtrise d’ouvrage déléguée a pour but de récupérer par ce contentieux une partie des honoraires dus à l’architecte par le biais de ses assurances (allez savoir pourquoi, dans le bâtiment, l’ingratitude est plus répandue que la reconnaissance !)
Ce dossier est entre les mains d’un expert depuis près de 6 ans. On attend encore son rapport.
J’attends mes honoraires depuis 6 ans.
 
Les marchés publics étaient la veine jugulaire de l’économie de ma structure. Elle a été coupée net. J’ai rejoint, 20 ans après, le niveau d’étiage de mes débuts.
 
Quels renseignements tirer de ces réalités ?
 
La profession d’architecte est parfaitement viable dans sa définition actuelle si, et seulement si, la maîtrise d’ouvrage est avisée. Or nous sommes face à une maîtrise d’ouvrage souvent déficiente dont les conséquences sont dramatiquement néfastes pour notre métier.
En effet nous sommes confrontés :
- à des structures juridico-administratives déléguées, pilotées par des chefs de projets qui peuvent même être particulièrement incompétents mais qui ont tout pouvoir pour nuire, dans un cynisme le plus total.
- à des maîtrises d’ouvrages qui s’entourent de conseillers en tous genres, parfois mauvais, qui peuvent être suffisamment dénigrant pour rejeter sévèrement un projet dans le seul but de motiver leurs propres orientations (sans douter qu’il puisse y en avoir d’autres tout aussi bonnes).
- à des difficultés juridiques de plus en plus menaçantes et des remises en question réglementaires de plus en plus lourdes, sans que nous soyons payés pour les assumer.
 
Je condamne un esprit de système incapable d’accepter toute autre logique que la sienne et cette nouvelle tentation arbitraire qui est en train de s'installer.
J’appelle à ce que cette montée aux extrêmes prélude à un retournement. N’est-il pas enfin temps que les collectivités territoriales françaises s’entourent de compétences, ne serait-ce que pour moduler les ardeurs "archicides" de leurs administrations ?
Rebâtir un modèle de profession à bout de souffle est une tâche immense. Chacun dans son domaine détient cet avenir à reconstruire : je continuerai donc ce combat.
 
N’ayons pas peur !
 
En ces temps de tumultes permanents où un petit rien suffit à fracasser les destins, le prix faustien à payer pour avoir le bonheur de construire est devenu inabordable.
Nous avons toutes les compétences techniques et opérationnelles pour gérer les dossiers qu’on nous confie mais la faiblesse économique dans laquelle on nous maintient ne peut plus tenir devant des mastodontes et leurs brutales supériorités financières.
Je n'ai qu'un seul regret : celui de me retirer sans avoir pu mettre en oeuvre la maturité de mon savoir. J’ai en effet mis du temps à démêler la complexité des matériaux, des couleurs, des détails, à maîtriser les espaces et à jauger leur parfait équilibre. J'ai peut être atteint ce que Fredy Girardet, en cuisines, appelle le juste moment.
Pour avoir l’impression de tourner la page, qu’on me laisse maintenant écouter Toscanini, qui disait "merde" à Mussolini.
 
David Ventre, architecte D.P.L.G, est embre du Conseil de l’Ordre des Architectes de la Région Ile de France.



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Un médecin peut enterrer ses erreurs, mais un architecte ne peut que conseiller à ses clients de planter de la vigne vierge. F.Ld.Wright
mood
Partenaire
Posté le 26-03-2008 à 04:12:38  profilanswer
 

n°3204
noffo
Profil : aRootsien(e) Platinium
Note : 4.4/5 pour 16 votes
Posté le 26-03-2008 à 09:48:32  profilanswer
 

Comment ne pas compatir face aux galères de notre (talentueux) confrère ?  Comment ne pas accompagner son cri de colère ? Comment ne pas s'associer à son constat sur les conseils, assistances et maîtrises d'ouvrage déléguées ?
 
OK, on compatit, mais non sans se poser quelques quéstions :
 
- Pourquoi la plupart des conseils, assistances et maîtrises d'ouvrages déléguées qui "sévissent" sur les marchés publics sont aussi ignorants de l'acte de construire ?
- Comment se fait-il qu'un confrère soit placé seul en première ligne face à des rouleaux compresseurs bardés de conseillers juridiques ?
 
réponse 1 : parcequ'aucun archi en exercice ne veut s'investir dans l'AMO de peur de perdre des marchés de maîtrise d'oeuvre et parceque, la profession dans sa majorité, méprise ces missions de conseil et d'assistances qui nous le rendent bien.
 
réponse 2 : parceque, dans la plupart des régions, nous confions notre représentativité à des cliques de vieux corrompus infoutus d'animer et de protéger la profession (je parle de l'ordre), et que la plupart d'entre nous prennent cela avec fatalisme, comme si les membres des conseils de l'ordre étaient investis de droit divin !
 
Bref, il y a des problèmes en face, mais balayons aussi devant notre porte.

n°3206
bernard66
Profil : aRootsien(e) de bronze
Note : 4.3/5 pour 3 votes
Posté le 26-03-2008 à 16:13:13  profilanswer
 

Je vous invite à jeter un oeil sur le site du pavillon de l'arsenal, sur la conférence de M. Fuksas "cité des Arts de Bordeaux" pour entendre son avis assez intéressant concernant l'inexistence de plus en plus récurrante du vrai rôle de maître d'ouvrage & ces conséquences...
Aussi je te rejoint totalement noffo sur cette représentativité corrompus, qui est également de plus en plus jeune & attirée exclusivement par le conseil, pour favoriser leurs intérêts perso. Mon écoeurement est encore plus grand lorsque l'on sait qu'ils interviennent également en école pour les cours HMO & qu'il font parti d'un jury final particulièrement arbitraire & peu enclin à voir débarquer trop de nouveaux concurrents !

n°3214
cnevians
Profil : aRootsien(e) Diamant
Note : 3.3/5 pour 17 votes
Posté le 27-03-2008 à 09:12:26  profilanswer
 

c'est sur ....
mais pour les "jeunes" arrivant à l'ordre..
1) ils se font élire
2) si eux ni vont pas ... qui va y aller ?
 
problème récurant............


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Un médecin peut enterrer ses erreurs, mais un architecte ne peut que conseiller à ses clients de planter de la vigne vierge. F.Ld.Wright

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