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Audiogalaxy
Pour mettre fin au procès qui l'opposait à la RIAA, le site d'échange de fichiers musicaux a accepté de renforcer drastiquement son système de filtres. Cet accord signe la mort du dernier grand réseau "pair à pair" gratuit à fonctionnement centralisé.
Un de plus ! Après Napster, pionnier des systèmes d'échange de fichier dits "peer to peer" (de pair à pair), après Scour Exchange ou CuteMX, c'est désormais AudioGalaxy, l'un de leurs plus importants successeurs, qui doit s'incliner face à la puissante Recording Industry Association of America (RIAA). Lundi 17 juin, les deux parties ont conclu un accord à l'amiable mettant un terme au procès intenté, depuis le 24 mai, par la RIAA à Audiogalaxy pour violation de copyright. Afin d'obtenir ce répit, Audiogalaxy a dû faire des concessions radicales : outre le versement d'une somme d'argent d'un montant non divulgué, le site a accepté de renforcer considérablement son système de filtres. Celui-ci, qui ne censurait qu'une liste réduite de titres très populaires, avait été jugé "inefficace" par la justice américaine. Basculant d'un extrême à l'autre, la société s'est engagée à limiter désormais les téléchargements aux seuls morceaux pour lesquels elle obtiendrait l'accord des ayants droit. Ce qui revient à interdire la quasi-totalité des titres.
Avec cet accord, Audiogalaxy se place dans une situation délicate. Certes, la société se débarrasse de ses problèmes juridiques, mais son avenir à moyen terme passe par l'adoption d'un modèle payant. Or les utilisateurs ne semblent pas prêts à accepter de renoncer à la gratuité, l'un des principaux attraits des systèmes d'échange "de pair à pair". Le chemin vers une hypothétique rentabilité risque donc d'être long et semé d'embûches, et les précédents de Napster et Scour Exchange ne sont pas pour rassurer. Les deux se sont fait racheter (Napster par le géant allemand des médias, Bertelsmann ; Scour par une jeune société américaine, CenterSpan), et leur réouverture annoncée dans une version payante n'a toujours pas eu lieu.
Qui plus est, loin de leur porter un coup d'arrêt, les attaques incessantes de la RIAA ont stimulé le développement des réseaux gratuits. Depuis deux ans, de nombreuses alternatives sont apparues, la plupart techniquement supérieures à leurs ancêtres. Comme Napster, Audiogalaxy utilisait un système centralisé : l'index des morceaux de musique disponibles était tenu par un nombre limité de serveurs. La deuxième génération de réseaux de pair à pair fonctionne, elle, sur un modèle décentralisé : l'index est pris en charge, de façon plus ou moins transparente, par les ordinateurs des utilisateurs eux-mêmes. Ce procédé garantit une grande solidité : le seul moyen de faire cesser les échanges consisterait en effet à poursuivre en justice chacun des utilisateurs... Conséquence logique, les réseaux les plus populaires – Fasttrack (accessible via les logiciels Kazaa, Grokster, iMesh), Gnutella (Morpheus, LimeWire, BearShare) et OpenNap (WinMX) – réunissent des dizaines de millions d'utilisateurs dont les échanges ne se limitent plus à la seule musique, mais incluent également des textes, des photos, des films et des logiciels.
De ce point de vue, la fin d'Audiogalaxy, au moins dans sa version libre et gratuite, fait davantage figure de symbole qu'elle ne porte réellement un coup important à la communauté du "pair à pair". Son principe de fonctionnement, qui garantissait son efficacité, rendait aussi la fin de l'état de grâce inévitable. Les orphelins d'Audiogalaxy trouveront vite à se recaser ailleurs, et la principale inconnue, au final, est surtout de savoir quel réseau va bénéficier de cette migration. Pendant ce temps, la troisième génération de "pair à pair" est déjà en gestation.
Luc Abélard