Un article de Marie Bélœil
le "MONDE INTERACTIF"
Etudiant à l'Ensad, Martin Lenclos a réalisé pour son projet de fin d'étude une installation interactive en 3D. New York Exit New York est une reconstruction métaphorique de la ville de New York, élaborée à partir de prises de vue en DV.
Il est des virus qui s'attrapent très jeune. Enfant, Martin Lenclos parcourait la province en compagnie de ses parents, Jean-Philippe et Dominique Lenclos, auteurs de l'ouvrage Les Couleurs de France.
Muni d'un colorimètre, il passait ses vacances à retrouver des dominantes de couleur dans les habitations d'une même rue, d'un même village, d'une même région.
Quelque quinze ans plus tard, étudiant en quatrième année de multimédia à l'Ensad de Paris, Martin Lenclos renoue avec le procédé, au travers de son installation interactive New York Exit New York. Il a depuis peu découvert New York et son univers urbain en perpétuelle mouvance. La fascination éprouvée le conduit à vouloir recréer la ville dans ses composantes les plus intimes : "J'ai voulu créer un univers métaphorique de New York et de la ville moderne. Un tableau de New York, non un atlas."
Cette fois-ci, Martin Lenclos ne se cantonne pas au seul relevé des couleurs. En août 2000, il se rend à New York, accompagné de Priam Givord, étudiant en art et technologie de l'image à Paris VIII. Durant un mois, armés d'une DV, les deux complices vont mitrailler la Grosse Pomme sous toutes les coutures. Au total, près de six mille clichés, et un objectif : constituer "une base de données photographiques", rassemblant autant du mobilier urbain que des immeubles, des passants ou encore des matériaux.
De retour à Paris, les deux amis vont faire œuvre de "surimpressionnisme", selon le propre terme de Martin Lenclos. Durant un an, ils retravaillent les photographies prises, les recomposent afin de mieux faire ressortir ce qui constitue à leurs yeux la spécificité de New York : la matière (la brique, le verre) ; la lumière ("à New York, la lumière est très vive, très forte, il n'y a ni automne ni printemps" ) ; la couleur (orange des panneaux et de la signalétique, jaune des taxis) ; le rythme (flux incessant des voitures et des passants, immeubles sans cesse détruits et reconstruits).
La traduction du mouvement constitue l'un de leurs impératifs : "On voulait, comme avec une pose B, donner l'aspect du flou dans l'image, car c'est ce qui fait le mouvement. On voulait donner l'impression d'instantanés photographiques." Pour orchestrer la masse des passants, Martin Lenclos et Priam Givord disposent donc des clichés flous autour de cylindres, qu'ils font tourner. Mis en contraste avec des personnages nets, ces clichés flous donnent l'impression d'un flux perpétuel.
Le tout donne une installation de deux kilomètres carrés, au sein de laquelle le spectateur peut déambuler à son gré, en temps réel, éventuellement accompagné de musique. La balade débute à l'intersection d'un carrefour emblématique, synthèse miniature des principales thématiques qui composent l'univers new-yorkais. Quatre buildings se font face : un gratte-ciel en construction ; Times Square, dont Martin Lenclos fait "la métaphore de la saturation visuelle" ; Wall Street, représentatif des bunkers ; un immeuble des années 1930.
Le spectateur est d'autant plus libre de se promener qu'il se trouve soustrait aux lois de la gravité. Il peut observer New York du dessus, du dessous, pivoter sur lui-même... Avec l'impression d'un monde virtuel sans limites : "il arrive un moment où l'on arrive dans un décor, qui est un décor de cinéma : des plaques qui donnent l'illusion que c'est encore infini", détaille Martin Lenclos.
Certain de la qualité de son New York métaphorique, Martin Lenclos avoue à demi-mot nourrir des projets ambitieux pour le futur. Pourquoi ne pas céder aux sirènes d'un producteur de jeux vidéo, pour peu que ce dernier montre patte blanche et s'engage sur un projet conséquent. En attendant, il fait la promotion de son installation : en mars à la Maison des arts de Créteil, dans le cadre du festival Exit, en juin au Cube d'Issy-les-Moulineaux.
www.newyorkexitnewyork.com