J’ai interrogé autour de moi sur le sujet : tous me parle d’un lieu, soit réel, soit utopiste… mais d’un lieu. Pour ma part je perçois le sujet différemment : ce qui importe ce n’est pas le lieu à proprement parlé mais la perception à celui ci, la perception au monde. Je n’aurais alors pas cherché dans la représentation d’un lieu (« un Eden ») mais aurais joué sur plusieurs notions intervenant dans la perception de celui ci (quatre pour quatre feuilles…), sur la tension qui pousse à cet « Eden » (le terme ne me convient réellement pas).
Le temps : l’éternité lovée au creux de l’instant. Le jeu du passé, du présent et de l’avenir, le fait de ne pas être hors du temps mais que celui ci perde sa « temporalité » si bien orchestrée. J’aurais travaillé sur le jeu de la trace, notamment sur la neige. Combien de fois, partie me baladée dans une bonne couche de poudreuse, j’ai regardé tristement la trace que je laissais dans la neige, ayant désiré ne pas la marquer ? J’aurais donc joué sur la trace mais sur une trace éphémère qui marque seulement l’instant, la volonté de la légèreté de ne pas toucher au Monde « sacré ». En y réfléchissant, il peut en ressortir une autre notion : la pureté (qui apparaît ici avec la neige). Quand à la production, j’aurais essayé de jouer avec les lignes et le vide, l’effacement. Comment ? Je ne sais pas. Rendre une ligne éphémère, la faire se continuer au delà du trait… Le jeu de la trace qui marque le vide… je crois que ma première feuille serait restée quasiment vide… juste une trace…
Le toucher : c’est bête mais je fais une fixation sur le toucher… trouvant que c’est un sens que l’on néglige… et pourtant : fermer les yeux pour toucher, être touché. J’aurais fais une représentation « simple » : une main, une pierre. Et… le jeu que j’aurais voulu introduire (mais j’aurais bien eu du mal) est : est-ce la main qui touche la face de la pierre ou la main qui est touché par la pierre ? Ce qui importe alors c’est « l’épuration » du trait qui ne va pas seulement de la main vers la pierre mais aussi de la pierre vers la main. La main ne saisie pas, elle effleure… elle est effleurée.
Le silence : Comment rendre le silence d’un lieu ? Considération : le silence résonne. A travers le silence, il n’est pas question d’interroger le monde en ce situant en dehors de celui ci mais par celui ci. Le silence, ce n’est pas l’absence du bruit, c’est le Monde qui bruisse. Le silence comme perception directe du monde donc, le silence comme création d’un espace. Une expérience tout à fait personnelle m’amène à un tunnel abandonné par l’Homme mais où résonne le Monde. Le tunnel comme témoin de la résonance (le silence résonne en ses murs). Le tunnel reprend ici la notion de temps avec la résonance de la mémoire. L’important n’est pas la façade du tunnel mais le cœur de celui ci…
Le monde perçut : J’aurais conclu sur le monde interprété, le monde perçu qui se reflète : monde intérieur. Ma dernière feuille : une silhouette et le reflet du monde au creux de celle ci. Ici, même jeu qu’avec la pierre : le monde à travers nous, le nous à travers le monde. Une silhouette donc, effacement d’un monde extérieur, apparition (création ?) d’un monde intérieur. La silhouette comme un corps offert au monde extérieur dans le coin en bas à droite de la copie (pourquoi là? je ne le sais pas, c’est l’image qui me vient), la silhouette au travers de laquelle un monde perce, dans laquelle le monde se reflète. (le reflet n’est pas ici que synonyme d’image, il est tous les sens, la perception du Monde).
Voilà toutes mes idées, sûrement irréalisables en trois heures (sachant qu’il m’a fallut déjà un peu plus d’un quart d’heure pour les trouver et les mettre à plat)… peut être irréalisables tout court… Mais je me serais aventurée dans cette direction et même si mes capacités sont bien faibles par apport à tout ce que j’aurais voulu dire, j’aurais essayé de faire passer cette tension caractéristique finalement de chacun de mes thèmes : l’interaction entre l’Homme et le monde… Si je sors du sujet ? Peut-être… mais c’est ma définition du Monde… Peut-être l’Eden comme tension et perception au lieu plus que le lieu… Le seul lieu apparaissant est le tunnel… cette image, ce lieu bien réel, on ne peut pas me l’enlever… sauf que c’est la perception que j’ai de ce lieu qui fait qu’il est tel que j’ai décidé « d’utiliser » ses murs pour faire résonner le silence, quelqu’un d’autre verra le lieu différemment, le percevra différemment… d’où ma réflexion sur la perception plus que le lieu…
Excusez, je n’aime pas spécialement l’appellation « coin de paradis », comme je l’ai déjà dit je trouve que ça fait réellement cliché, lieu idyllique coupé du monde où l’Homme est sensé se retrouver. Or je ne considère pas que le « bonheur » (là je fais un lien direct avec leur idée de Paradis, j’imagine qu’ils voyaient par là « un lieu où vous êtes heureux ») se situe dans une coupure par rapport au Monde (après d’où, par définition, le paradis est « au delà »…mais mon au delà à moi se situe bien dans la monde) mais dans le lien qu’on peut entretenir avec lui, ce qui importe n’est donc pas le lieu « matériel» proprement dit mais la perception de celui ci… (prenant en considération que la perception ne nie pas le monde « matériel »…)
C’est bien confus tout ce que je viens de raconter… aï aï aï… mais c’est les quelques idées qui me sont venues…