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Architecte du IIIe Reich, ami intime d'Adolf Hitler, ministre de l'Armement à partir de 1942 et, à ce titre, responsable de la déportation de millions de personnes dans les camps de travail allemands, Albert Speer sauva sa tête lors du procès de Nuremberg en revêtant les habits de l'artiste sans étiquette politique, homme honnête égaré dans le tourbillon de l'Histoire, ignorant tout des atrocités commises dans les camps de concentration. Alors que tous les autres dignitaires nazis jugés à Nuremberg récusèrent en bloc les accusations de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, Speer joua le jeu de la justice internationale, reconnut pour partie sa responsabilité, mais nia toujours avoir eu connaissance du génocide des Juifs. Il ne fut condamné qu'à vingt années de prison, durant lesquelles il peaufina ses mémoires largement auto-hagiographiques. Speer s'y présente en victime, pion d'un système dont il n'a découvert la cruauté qu'après la guerre. Pendant longtemps, sa thèse fut brandie en étendard par des millions d'Allemands : si un ministre si important, intime de Hitler, ne savait rien du génocide, comment le peuple aurait-il pu savoir ?
Ces dernières années, les travaux des historiens sont venus déconstruire la fable cousue par Speer, bien plus impliqué qu'il ne l'avoua au tribunal de Nuremberg. Ce long film (trois fois quatre-vingt-seize minutes), étrange objet télévisuel plus proche de la fiction documentée que du classique docufiction, raconte son histoire avec une débauche de moyens (reconstitution du procès de Nuremberg, de la prison de Spandau), sacrifiant à la verve romanesque l'analyse froidement historique. De longues scènes de fiction dignes du grand écran sont entrelardées de brèves interviews des enfants d'Albert Speer, d'historiens ou d'images d'archives. Le mausolée moral, dernière oeuvre érigée par l'architecte mégalo, s'en retrouve écroulé.
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