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De quoi parle tu?
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Définir le champ de l’architecture : l’architecture ne se limite pas à son champ artistique. Technique. L’architecte a un rôle social. Et cette prise de conscience passe par la redéfinition du champ de ses activités. Prenons par exemple l’étude sur l’enseignement de l’architecture que nous menons en ce moment. Elle montre les liens possibles entre le projet d’architecture et les différentes « matières »de l’architecture. Elle montre aussi le lien possible entre la pédagogie et l’architecture.
Prenons Illich. Un monde sans écoles. On pourrait très bien trouver des projets d’écoles, issus de cette pensée, ou l’école primaire, secondaire, l’école même d’architecture, serait pensée dans cette optique. A nous autres architectes de relayer ces pensées. A nous autres architectes de construire la réalité de ces pensées. Leur matérialité. L’architecte se doit de penser, avec d’autres, l’avenir de notre société, puisqu’il en bâtit son avenir physique. Il ne peut pas rester en dehors de la pédagogie, de la philosophie, de la sociologie, et toutes ces disciplines en –ie qui secouent le monde humain.
L’esthétique est importante. La beauté. Le physique du bâtiment. Le caractère unique de l’œuvre. Mais si on s’en tient a l’esthétique, on aura tôt fait de voir se redessiner des académismes. Bien sûr il y en aura plusieurs, au sein même d’une école, les tentatives de 68 nous auront au moins donné cela. Il n’y aura plus de pensée unique au niveau académique.
La construction aussi est importante. La technique. La physique du bâtiment. Le caractère scientifique de l’œuvre. Mais si l’on s’en tient a la physique, on aura tôt fait de voir se redessiner des écoles d’ingénieurs, écoles polytechniques. Bien sûr elles pourront intégrer quelques matières dites humanistes, pour coller a l’image d’un architecte-artiste qui sait dealer aussi bien avec l’art qu’avec la science.
On en revient toujours à la même chose. L’architecte artiste ? L’architecte constructeur ? Les deux mon capitaine. Le rêve de chaque école est de pouvoir mêler ces deux aspects. L’architecte serait le trait d’union entre l’art et la science. Il serait le lien entre un monde artistique et un monde scientifique, qui soit dit en passant, va bientôt devenir un monde entrepreno-scientifique si on en croit certains…
Mais on passe a coté d’une problématique essentielle. En restant la a se quereller entre architectes artistes et architectes ingénieurs, on tombe dans une facilité déconcertante qui n’a rien de bénéfique. L’architecte a une troisième corde a son arc. Et pas des moindres. Il possède la faculté de penser. Penser les problèmes qu’on lui pose. Les synthétiser. En prendre toute la mesure, pour ensuite y répondre. Il y est maintenant tenu. On voit ce que l’on attend de l’architecte. Penser les problèmes, comme celui des banlieues par exemple. On rejette la faute de ces ghettos sur qui ? Sur l’architecte. Il prendra bientôt des assurances contre les plaintes probables que les gens feront contre lui pour négligence. Et non pas négligence de construction, comme c’est le cas maintenant, mais de conception. Et ce sera pire. Car il est très facile de se cacher derrière la construction, du moins pour sauver son amour propre. Mais on ne peut pas se cacher derrière la conception. Ce serait s’humilier, dire haut et fort que notre travail a été mal fait, que notre travail a été mal pensé. Car il s’agit bien de pensée ici.
Loin de voler le travail du philosophe, l’architecte devrait s’en nourrir. Il devrait travailler avec lui pour penser l’avenir construit. On appellerait cela l’architecture de la pensée. Comme on a l’architecture des réseaux, l’architecture de l’informatique, on aurait l’architecture de la pensée. Le travail consisterait a résoudre des problèmes, et c’est en cela qu’il diffère de la philosophie, de la sociologie, ou de toutes ces disciplines en –ie qui font peur car elles en savent trop. L’architecte se doit de trouver des solutions aux problèmes qu’on lui donne. Mais pour trouver une solution, il faut d’abord comprendre le problème. En comprendre ses tenants et aboutissants. En comprendre ses enjeux. En comprendre ses causes, en projeter ses conséquences. L’architecte est un artiste. L’architecte est un ingénieur. L’architecte est un penseur. N’en déplaise à ceux qui voient en lui le bouc-émissaire idéal sans lui donner les moyens de faire son travail.