Citation :
le nivellement par culte des moyennes
“Tout se vaut” (...)
Il est vrai que certains phénomènes supposent que l’une de leurs conditions ( ou caractéristiques) se situe entre deux extrêmes : un bain est plus agréable s’il n’est ni trop chaud ni trop froid, un plat est meilleur ni trop salé ni pas assez. De là à valoriser le “moyen terme” en tout !
En fait, la vogue des moyennes accompagne l’utilisation des statistiques, mais celles-ci ne font que très rarement l’objet d’une élucidation et d’un apprentissage. Celui-ci n’a de sens que lié à une réflexion sur les aléas et les probabilités, qui relèvent, pour une majorité, du flou généralisé !
Enfin, tout “état” ( numérique ou non) n’est qu’un moment d’une évolution. C’est la compréhension de celle-ci qui est utile à l’action ( et donc à la concertation), alors que la pratique des moyennes privilégie le statique, qui est toujours fugitif !
De plus, la réalité est faite de différences et de conflits, et l’usage abusif des moyennes tend à favoriser, là aussi, le flou et la confusion. On n’apprend ni à vivre avec la différence ni à gérer les conflits, mais à les masquer derrière un faux consensus autour d’une norme “moyenne”, d’autant plus floue que, là aussi, il y a plusieurs normes dont la mo-yenne est impossible à faire !
On peut considérer que tout vient du fait d’un malaise face au pluriel. L’individualisme a déconsidéré le “nous” au profit du “on”; la tyrannie de l’universel se trouve en contradiction avec le culte de l’individu, et tend vers la monstruosité d’un “individu universel”.
Le conformisme fantaisiste contre l'esprit d'entreprise
Ce brouillard sur les aléas ou risques, associé à l’effet de mode du culte de la moyenne, crée un conformisme, “pluriel” car il existe plusieurs “normes” sur le même sujet, et chacun se construit la sienne selon sa fantaisie ( cf. habillement ) . Mais ce souci de ne pas trop “se démarquer” se manifeste par une grande timidité face à la nouveauté et, surtout, par un manque de goût à entreprendre, à prendre et assumer des responsabilités, à “s’engager”.
Les effets en sont multiples dans la vie sociale ou économique, car toute une population ne peut pas se concevoir fonctionnaire ou assimilée, surtout dans le cadre d’une mondialisation. Si les mutuelles résistent encore bien, les coopératives, qui demandent plus d’engagement, sont de plus en plus éliminées.
Mais les conséquences sont souvent très graves au niveau personnel, à plusieurs titres. On sait mal concevoir ou piloter des projets, ou constituer des équipes fondées sur la complémentarité. On sait surtout mal “entreprendre”, et on se retrouve seul et démuni. L’imagination crée des rêves et non des projets qui se construisent en “entre-prenant”.
En effet, pour cela, il est nécessaire de maîtriser des causalités complexes, pour combiner, conjuguer des dynamismes variés dont on anticipe la sy-nergie, avec, bien sûr, des risques et des assurances à prendre. Les “paradigmes” d’analogie, d’imitation ou de norme sont alors peu efficients. Il faut attendre que d’autres aient tracé la voie, au risque de s’y aventurer trop tard, quand elle est encombrée; comme ceux qui se sont engagés en masse dans un baccalauréat général, qui avait favorisé ceux qui l’ont réussi quand ils étaient peu nombreux.
Surtout, l’autonomie, la possibilité de “mener” sa vie, suppose de s’autoévaluer par rapport à ses propres objectifs, réfléchis, assumés, et non de dépendre du jugement des autres, nécessairement contradictoires. Cela se traduit par la difficulté de se “projeter” à long terme, et de “relier” les conséquences d’une action à des termes variés, ce qui est souvent nécessaire pour choisir entre plusieurs conduites. On constate que beaucoup ne “raisonnent” que sur les effets à court terme ( consumérisme), puis, devant les conséquences à moyen terme, s’affolent et se réfugient dans des pratiques “religieuses” (sectes) pour ne plus avoir à assumer
La dévalorisation de la culture scientifique n’aide pas à maîtriser les causalités d’une réalité où tout est imbriqué, la normativité ou le flou non plus. Face à l’impression d'impuissance qui en résulte, les réactions psychoaffectives aggravent encore l’irréalisme.
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