Bâtimat 2007, le 06 11 07
Le Manifeste de la moisissure.
A peine rentré dans l‘enceinte, une bande de journaleux m’emboîte le
pas . Un petit bout de Ministre Durable est la source de cette
débauche d’énergie…Monsieur, ça s’arrose…d’ailleurs ce salon est
consacré aux verts, à l’eau, au soleil, au bois, à la récupération à
tout va . C’est ma cabane au Canada dry. Que je te déroule du toyo
plastoc sous terre pour me brancher le cordon sur la bonne chaleur ma-
terre-nelle grâce à un subtil delta que plus y fait froid dessus plus
y a de différence. Que je te branche mes gouttières (option Zinc )
sur ma jolie cuve de milliers de litres d’eau ( option piscine ? ),
bref de quelques m3, au fond du jardin pas trop loin quand même,
pour grâce à ma pompe dont l’énergie est fournie par mes capteurs
solaires tout bleu marine qui scintillent sur mes ardoises, me vider,
enfin, mes sanitaires d'eau croupie, filtrée mais imbuvable. Le reste
me servant à arroser ma pelouse dès, et seulement, le premier jour de
sécheresse. Tout cela évidemment avec forts beaux croquis
explicatifs, courbes de niveaux ascensionnelles, ratios de
rentabilités à ( très ) long terme, primes, surprimes, surprises. Du
Tati à tous les rayons, de soleil. Les fabricants de béton, d’une
blancheur toute pré Moderne, font grise mine, Le Corbu bientôt
Patrimoine Mondial en 2009, aux rayons.... des archives. Les Saint-
Gobeurs nous remettent une épaisseur de verre au cas ou , et si cela
ne suffit pas, nous en promette une autre couche. Un deux trois nous
irons au bois , quatre, cinq, six ….. Cela devient pénible pour les
ouvrants. On m’explique gentiment, chez les fabricants de colle que
désormais c’est le verre qui tient l’huisserie. Le problème c’est que
pour fermer la fenêtre faut écraser tellement de joints aujourd’hui
que tu as du mal à la ré-ouvrir avec ces sacrées poignées !, puis à
la refermer, tiens d’ailleurs, d’où vient ce bout de joint ?…
Et que je te verdis ma façade par ici en jardins suspendus et ma
toiture par là, pas pour monter dessus faut pas exagérer, au prix où
shon (shob ) les garde-corps en inox, faudrait pas gêner le voisin
d’à côté , mais juste pour faire plaisir au voisin du dessus. Ou
alors c’est pour faire une blague aux pilotes d’avions comme dans la
pub…. mais en vert.
La colonie chinoise…
Dans un anglais plus approximatif que le mien, une
chinoise ,totalement perdue , m’entraîne au fond du salon, troisième
étage Hall 7 à droite, découvrir les industriels mandarins. Une
quarantaine de stands standardisés pour quelques productions des plus
énigmatiques. Des ‘ certificate of honor ‘ pour toute norme NF, CSTB,
ISO ou autres. Des profilés aluminium loin des ruptures de ponts
thermiques divinisées, du polycarbonate de couleurs les plus vives,
des composites de bois, verre, etc. inconnus, des pierres taillées,
assemblées en subtiles compositions…
S’étonnent que peu de français parlent anglais, sont très
impressionnés par la grandeur de l’exposition, ont quelque mal à
parler prix, sont très contents de noter enfin un nom sur leur cahier
un peu trop vierge. Eh la Chine, faudrait se réveiller !!!! Ca c’est
PARIS…..
Le monde virtuel…
Tout le monde s’y est mis. Archicad pionnier sur Mac, Révit
( autocad ) , Nementschek (allplan, qui vient d’ailleurs de racheter
Graphisoft donc Archicad... ) et tant d’autres illustres 3D moins
connus genre Bentley quand même.
Et bien vous n’allez pas me croire mais les démos en règle générale
tournent autour de maisonnées que c’était vraiment pas la peine
d’inventer autant de beaux outils pour concevoir de telles laideurs
architecturales. La fameuse cabane de là-bas , tu la visites dans
tous les sens, la découpes, la décomposes en tableaux divers que cela
reste la cabane de tout là bas , même si tu lui colles quelques
colonnes doriques prédigérées. Des engins pour aller sur la lune et
tu te retrouves au coin de ton petit bois. D'un coté les spoutnicks
ovoïdes tout en métal pour masses populaires ,de l'autre mon Sam
Suffit en allumettes et son écran plat. Bande de briseurs de rêves.
Starwars.
En partant je me suis arrêté un instant derrière un gamin qui
photographiait tous les engins de chantier. Des monstres sublimes, de
toutes les couleurs, plus beaux que des Ferraris de compétitions, des
pneus d’enfer, des bras de leviers énormes, des pistons dans tous les
sens . Il se rêvait certainement à leurs commandes comme à celles de
je ne sais quel ‘ transformeur ’confronté certainement aux
envahisseurs de x type. Il semblait avoir les deux pieds minimum dans
le 21 ième siècle, lui.
Juste avant la sortie , il y a encore une cabane en bois mais
réalisée selon un ‘architecte’ en synthèse avec des gens qui pensent
autrement bien le futur. Avec une pelle, une scie et un marteau , à
la portée ( réduite ) de tous, du rêve du moins pour les vacances. Du
Bio, Du Bon, Du Beau niais. Une boîte en sapin, flambant neuve pour
son quart d’heure d’éternité.
Voilà pour le petit monde de la bricole urbaine.
C’est la saison des champignons, celle des maisons de Stroumph !
Michel-Olivier DAYOT architecte