Architecture Forum Architecture
Architecture Art design culture photo cao dao informatique Pro écoles d'architecture
J'ai posté dans...  j'ai commencé à lire... Rechercher dans les forums

Bienvenue dans la plus grande communauté des aRchis sur le net !
aROOTS FORUMS est votre espace de discussion quotidien sur l'architecture, le design, la ville et l'art.
L'idée d'aROOTS repose sur un principe simple : favoriser la rencontre et les échanges autour de tous les métiers d'art et de création. Les arts à toutes les échelles : de l'objet à la ville, en passant par l'Architecture.
 



7 utilisateurs inconnus

 Mot :   Pseudo :  
 
Bas de page
Auteur
 Sujet :

Le Mémorial de la Déportation

 
n°1403
docpsyko
Posté le 28-02-2005 à 23:29:38  profilanswer
 

Avant tout, merci à AL qui nous a fait découvrir ce lieu.

mood
Partenaire
Posté le 28-02-2005 à 23:29:38  profilanswer
 

n°1404
docpsyko
Posté le 28-02-2005 à 23:31:44  profilanswer
 

Le Mémorial de la déportation est un monument hommage aux 200 000 déportés de France qui ne sont pas revenus des camps.
 
Il a été construit en 1962 par Pingusson.
 
Situé à la pointe de l’île de la Cité, « enfoui » entre ciel et Seine, le mémorial est un lieu d’émotion, tant par le thème du projet que par l’aspect architectural.

n°1405
docpsyko
Posté le 28-02-2005 à 23:35:07  profilanswer
 

un long tunnel, barré d'une grille, comporte sur ses deux parois 200 000 morceaux de verre éclairés et alignés. En regardant , on voit les deux cent mille disparus, comme une foule silencieuse, en rangs.
Absolument saisissant.

n°1408
heptarts
Posté le 28-02-2005 à 23:48:44  profilanswer
 

quelques autres vues...
Ce morceau d'architecture est vraiment très émouvant, et il me laisse le souvenir d'un endroit trichromatique, noir, blanc, rouge....

n°1414
AL
Respire le Grand aR !
Profil : Directeur
Posté le 28-02-2005 à 23:57:28  profilanswer
 

Dites les amis, les photos vous les avez faits selon les conseils du "Photographe"? :D

n°1417
heptarts
Posté le 01-03-2005 à 00:01:45  profilanswer
 

ben ouais en jettant l'appareil parterre ou en l'air, çà dépend, mais à cause du vent, le cadre a bougé...

n°1428
docpsyko
Posté le 01-03-2005 à 00:19:56  profilanswer
 

Eh prudence, AL! : tu as donné l'adresse du forum au Ministère de la Défense....

n°1431
DuD
Posté le 01-03-2005 à 01:13:54  profilanswer
 

vous avez assure la team !!
 
ca murmure, chuchotte et se condole (j sais pas si ca s dit ..)
 
2006.. euh, Guru, tu pourrais pas en faire une tous les 6 mois vu l nombre d inscrits maintenant??
 
ca parle tout seul... entre ombre lumiere et texture..
 
2.13 ... perdu dans un cendrier, excusez du peu...

n°1433
AL
Respire le Grand aR !
Profil : Directeur
Posté le 01-03-2005 à 01:20:12  profilanswer
 

Ok alors chut ça reste entre nous ( elle avait dit qu'on pouvait dans ce cas), je verrifie que le forum est bien fermé à clé...

n°1437
mrowka
Posté le 01-03-2005 à 12:04:15  profilanswer
 

merci pour les photos... Ce lieu est magnifique, impressionant, poignant.. Je crois que c'est là que j'ai découvert l" émotion architecturale"...là que j'ai compris qu'un des buts de l'architecture est de transmettre une émotion, provoquer des sensations..enfin bref, merci de me le rappeler  :wink:

n°1448
Victor
Posté le 01-03-2005 à 16:28:18  profilanswer
 

Vous ne trouvez pas ça étrange que nulepart à ce mémorial ni sur ce forum on mentionne le fait que la plus part de ses 200 000 français furent déportés parce qu'ils étaient juifs? Etat laique ou pas, ça me cidère de voir que si facilement on est capable de réécrire l'histoire. c'est une révision de pas dire les choses comme ils sont, surtout des choses si évidentes.
 
c'est comme tous les français que j'ai rencontré m'ont dit qu'ils avaient un grand père dans la resistance. aujourdhui c'est comme si personne n'a collaboré. ces 200 000 personnes c'était qui? si la plupart n'était pas juif? ça a dû être moitié homosexuels moitié résistance? oui ça doit être ça!
 
Et vous, les arootsiens, vous êtes là en train de vous branler sur l'effet architectural sans vous rendre compte de ce que je viens de raconter. alors, soit vous vous etes pas rendu compte donc des simple moutons, soit vous vous etes rendu compte mais vous vous en foutez totalement. Et ça c'est dommage!
Et pourquoi à votre avis Pingusson a mis une petite lumière pour chaque personne? votre ignorance m'étonne!
bye!

n°1449
AL
Respire le Grand aR !
Profil : Directeur
Posté le 01-03-2005 à 16:37:17  profilanswer
 

Je comprends pas bien ta réaction Steve, on a été très ému au contraire par ce monuments à la mémoire des juifs déportés, et c'est justement parce qu'il n'y avait pas d'effet architectural mais un véritable message, chaque chose avait une signification. Par exemple les lampes d'éclaire de la pièce étaient de la même forme que les distributeurs de gaz dans les camps de concentration. Pour le coup du photographe, tu ne peux pas comprendre, c'est un truc très spécial entre nous, un peti clin d'oeil, mais il est vrai que je n'aurai pas du le mentionner à la suite. Excuse moi.

n°1451
mrowka
Posté le 01-03-2005 à 17:05:55  profilanswer
 

Désolé mais je ne comprend pas ta réaction.. On ne réécrit pas l'histoire, personne n'en a la prétention..
Le problème est juste que le mot "juif" n'a pas été mentionné??
Mais quand on parle de déportation, de camps, oui on parle des juifs déportés. Personne n'a oublié..
Et si ce lieu est poignant, et que l'on parle de l'architecture, c'est justement parce que, dans ce cas, elle nous rappelle, sans mots ou discours, une partie de l'histoire, de notre histoire..et elle va toucher profondément..
et ceux qui ont des grands-pères qui ont collaborés n'en sont pas forcément fiers, seuls ceux qui avaient des grands-peres résistants en parlent.. normal,non?

n°1452
Victor
Posté le 01-03-2005 à 18:11:23  profilanswer
 

Alain, ca n'a rien à voir avec le coup de la photographe. et tu l'as dit toi-même : ému par le memorial des juif déportés" ce n'est que maintenant que tu en parles et c'est normal car nulepart au mémorial ne sont mentionnés les juifs. c'est ça qui m'agasse, c'est pas vous les arootsiens mais la société. mais ce qui me déçoit c'est que vous ne le voyez pas.
 
Mrowka, je te comprend, mais c'est très important de le préciser parce que dans le temps ça révisionne l'histoire sans que l'on ne s'apercoive aujourd'hui. c'est à dire, ne rien dire signifie ignorer et si tu pense que la plus part des gens n'ont pas besoin de se faire rappeler, tu as tort. Si on le  mentionne pas, dans 100ans c'est veritablement oublié ou détourné. je suis convaincu que l'histoire se repete et c'est comme cela que ça se passe.  
 
Et pour ce que j'ai dit sur les résistants et les collaborateurs. c'est justement ceux qui ne sont pas fier qui cache derrière cette histoire de forte résistance au Nazisme, ce qui est du pipau total
 
Alain, pour les lampes il y a d'autres signification plus directement liée à la culture des juifs que tu ignore mais que l'architecte a très bien compris.
Si on comprenait un peu plus la culture juive peut etre l'histoire se répéterait pas!
 
Ce lieu j'adore aussi et je suis d'accord avec vous tous sur sa puissance architecturale

n°1453
AL
Respire le Grand aR !
Profil : Directeur
Posté le 01-03-2005 à 20:21:12  profilanswer
 

Ok je pense avoir compris, tu sais très bien que je connais absolument rien à la religion (toutes...), c'est pour ça que j'ai été étonné.

n°1454
Victor
Posté le 01-03-2005 à 20:23:32  profilanswer
 

je ne t'attaque pas toi Alain, ni personne ici personnellement. si tu le prend comme cela tu comprendra pas tout ce que je veux faire passer. en plus je parle pas d'une religion mais d'un peuple, une culture

n°1455
AL
Respire le Grand aR !
Profil : Directeur
Posté le 01-03-2005 à 20:25:40  profilanswer
 

est-ce que je t'ai dit que tu attaquais, et je ne pense pas que tu le fasses. Je te comprends t'inquiètes et tu le sais.

n°1456
heptarts
Posté le 01-03-2005 à 20:37:05  profilanswer
 

Vic, d'un côté tu nous dis que l'architecte a très bien compris... et que la symbolique qui se cache derrière les formes ne peut vraiment être comprise qu'à travers un filtre spécifique (au sens noble). D'un autre tu t'étonnes que le mot juif ne soit pas mentionné dans le projet, et à plus forte raison ici (conséquence logique ?).
N'est-ce pas à un moment un moyen de nous rappeler qu'au delà d'une appartenance particulière, c'est bel et bien des amis, des frères, des soeurs, maris, femmes... qui nous ont été pris avant d'être des juifs ?
Il est clair qu'une "seule" partie de la population a payé, mais le fait de gommer cette particularité n'est pas en soi une manière de nous le rendre intelligible d'une manière terrible et immédiate sans justement appartenir à cette communauté?
 
Juste pour l'avoir entendu dans la bouche d'une chercheuse du cnrs, le fait de passer sur les singularités, pour faire la plus grande place à ce qui peut nous toucher/nous touche tous, est une manière efficace de rendre intelligible les dérives qui mennent à ce désastre... Je me pose encore la question... tout en me disant pour d'autres évènements plus anodins, comme la vitesse en voiture, que cela peut-être un moyen...

n°1463
Victor
Posté le 02-03-2005 à 03:37:29  profilanswer
 

Ta vision est tres intéressant Heptarts mais j'ai du mal à comprendre comment tu m'as entendu. Je n'insinue pas du tout qu'il y a une symbolique à comprendre à travers un filtre specifique (au sens noble). par filtre veux-tu dire une compréhension de la culture juive? en quoi c'est noble pour la population de connaitre un minimum d'une culture qui peuple l'europe depuis aussi longtemps que les autres?
 
 
tu pense qu'on voit les juifs comme des frères, des soeurs... etc lorsque (à chaque fois à travers l'histoire) ils ont été virés, tués, ou simplement exclus même spatialement? (les ghettos de la 2eme guerre mondiale n'étaient pas les premiers de l'histoire des juifs en europe). Quand on te fait des choses pareilles, jamais après deux mille ans on se sent considérés comme des frères et soeurs sauf quand ça arrange certains.  
 
Donc, quand je dis que l'histoire se répète, je ne me base pas sur une philosophie quelconque mais sur le simple fait que ma famille à travers l'histoire a été virée, persécutée, et en temps sans guerre ça était toujours latent, parce qu'elle était juive. Sinon comment expliquer une haine soudaine contre un peuple qui n'a rien fait? Je n'arrete pas l'histoire à nos jours pour dire ah cette fois ci on a tout appris, ça ne peut plus jamais se passer!  
l'absence du mot juif est important, plus que tu crois. il suffit d'un peu d'empathie et de compréhension de la place des juif dans notre société et avant pour comprendre.
il est important que  les archi qui  viennent analyser, analysent plus profond que la superficie. Ici c'est important de le mentionner parce que ça constitue quand meme une bonne partie du contexte pour fonder une analyse.(les archi sont juste un exemple, mais ça va pour les gamins en excursion d'ecole dans 60ans aussi. je ne fais pas confiance en l'homme de les rappeler. les mots doivent être inscrit dans la pierre!!!
 
C'est si difficile de se mettre à la place de l'autrui? l'empathie s'acquiert ainsi et je commence à voir que peu ont la capacité de l'acquerir
 
 
 
Heptarts, j'ai pas compris ceci:
"Il est clair qu'une "seule" partie de la population a payé, mais le fait de gommer cette particularité n'est pas en soi une manière de nous le rendre intelligible d'une manière terrible et immédiate sans justement appartenir à cette communauté?"

n°1464
heptarts
Posté le 02-03-2005 à 21:25:29  profilanswer
 

C'est si difficile de se mettre à la place de l'autrui? l'empathie s'acquiert ainsi et je commence à voir que peu ont la capacité de l'acquerir
 
C'est justement ce que je cherche à dire quand j'écris:
Il est clair qu'une "seule" partie de la population a payé, mais le fait de gommer cette particularité n'est pas en soi une manière de nous le rendre intelligible d'une manière terrible et immédiate sans justement appartenir à cette communauté?
 
Mais je rallie mon point de vue à cet article, tout en ne comprenant pas le terme "Origine" et l'idéologie qui peut en découler...
 
Ce mot de "Shoah"
 
par Claude Lanzmann
 
EN 1983, deux ans avant l'achèvement d'un film qui ne s'appelait pas encore "Shoah", dans une lettre adressée à mon ami Manès Sperber - il venait d'en voir les trois premières heures au côté de Raymond Aron -, j'écrivais  : "Cet immense travail, auquel je ne réussis même pas à trouver un titre, n'est pas un film sur l'Holocauste, il n'est pas un produit, un dérivé de l'Holocauste, pas un film historique, il est lui-même - comment vous dire cela, Manès, c'est ainsi que je le vis - un événement originaire." Sperber seul eut connaissance de cette lettre, Raymond Aron venait de mourir.
 
Au cours des onze années durant lesquelles j'ai travaillé à sa réalisation, je n'ai donc pas eu de nom pour le film. "Holocauste", par sa connotation sacrificielle et religieuse, était irrecevable  ; il avait en outre déjà été utilisé. Mais un film, pour des raisons administratives, doit avoir un titre. J'en ai tenté plusieurs, tous insatisfaisants.
 
La vérité est qu'il n'y avait pas de nom pour ce que je n'osais même pas alors appeler "l'événement". Par-devers moi et comme en secret, je disais "la Chose". C'était une façon de nommer l'innommable. Comment aurait-il pu y avoir un nom pour ce qui était absolument sans précédent dans l'histoire des hommes  ? Si j'avais pu ne pas nommer mon film, je l'aurais fait.
 
Le mot "Shoah" s'est imposé à moi tout à la fin parce que, n'entendant pas l'hébreu, je n'en comprenais pas le sens, ce qui était encore une façon de ne pas nommer. Mais, pour ceux qui parlent l'hébreu, "Shoah" est tout aussi inadéquat. Le terme apparaît dans la Bible à plusieurs reprises. Il signifie "catastrophe", "destruction", "anéantissement", il peut s'agir d'un tremblement de terre ou d'un déluge.
 
Des rabbins ont arbitrairement décidé après la guerre qu'il désignerait "la Chose". Pour moi, "Shoah" était un signifiant sans signifié, une profération brève, opaque, un mot impénétrable, infracassable, comme un noyau atomique.
 
Quand Georges Cravenne, qui avait pris sur lui l'organisation de la première du film au Théâtre de l'Empire, m'a demandé quel était son titre, j'ai répondu  :
 
"Shoah.
 
- Qu'est-ce que cela veut dire  ?  
 
- Je ne sais pas, cela veut dire "Shoah".  
 
- Mais il faut traduire, personne ne comprendra.  
 
- C'est précisément ce que je veux, que personne ne comprenne."
 
Je me suis battu pour imposer "Shoah" sans savoir que je procédais ainsi à un acte radical de nomination, puisque presque aussitôt le titre du film est devenu, en de nombreuses langues, le nom même de l'événement dans son absolue singularité. Le film a été d'emblée éponyme, on s'est mis partout à dire "la Shoah". L'identification entre le film et ce qu'il représente va si loin que des téméraires parlent de moi comme de "l'auteur de la Shoah", ce à quoi je ne puis que répondre  : "Non, moi, c'est "Shoah", la Shoah, c'est Hitler."
 
J'ai écrit les paragraphes qui précèdent il y a un an, dans une autre occurrence, mais je m'aperçois, les relisant, qu'elles sont déjà en elles-mêmes une réponse à la diatribe d'Henri Meschonnic ("Pour en finir avec le mot "Shoah"", Le Monde daté 20-21 février), ironiquement publié dans les pages "Horizons Débats" du quotidien.
 
Quel horizon, quel débat  ? Meschonnic se débat contre lui-même, empêtré dans des démonstrations contradictoires, s'avançant masqué de fausse science, avec une idée fixe  : en finir pas seulement avec le mot "Shoah" comme il le prétend, mais avec le film "à succès" du même nom, et en dernière analyse, avec la "chose" elle-même.
 
Quand d'autres claironnent contre la "pornographie mémorielle de la Shoah", Meschonnic, lui, n'hésite pas à parler d'un "mot empoisonné" et de "victimisation tout aussi totalitaire que le massacre" (sic), écrivant sans trembler  : "Ainsi "Shoah" condense un "culte du souvenir" qui s'est mis à dévorer ce qui reste de vivant chez les survivants..."
 
A ces propos infâmes il faut opposer les paroles de vérité d'Anne-Lise Stern, déportée survivante qui, elle, n'a pas été dévorée par le mot "Shoah", dans son grand livre, Le Savoir-déporté (Editions du Seuil, 2004)  : "Shoah n'est pas un documentaire et pas non plus un pur chef-d'œuvre du septième art. Plutôt œuvre inaugurale d'un huitième art, à l'aune de notre temps. Du coup, il a, de fait, autorisé, suscité chez les uns et les autres le désir de s'exprimer, de témoigner chacun en son nom. (...) Ainsi certains psychanalystes se félicitent  : Claude Lanzmann aurait introduit un signifiant hébreu dans la langue française. Je soutiens, moi, qu'avant Shoah le film, ce que les Israéliens désignaient par "shoah" restait pour eux... de l'hébreu et que le mot, le nom "Shoah", depuis ce film, est devenu français en France, allemand en Allemagne, anglais en Amérique."
 
Shoah, le film, a aujourd'hui 20  ans et c'est, dès sa sortie, sans que j'y sois pour rien, qu'on a commencé partout à dire "la Shoah". Apparemment, Meschonnic n'a jamais entendu parler de l'Esprit objectif. C'est vrai  : comment pourrait-il savoir, lui, que les œuvres véritables, une fois créées, échappent à leur auteur et vivent leur vie propre  ? Shoah, le film, a eu cette force de nommer la chose.
 
Si je me tiens pour intégralement responsable de l'œuvre, je ne pouvais en revanche prévoir que l'époque allait s'en emparer comme elle l'a fait. Je ne pouvais ni le prévoir ni le vouloir. Même si cette reconnaissance est juste et bonne, elle aurait très bien pu ne pas se produire. Je pensais quant à moi que mon film serait vu par 3  000  personnes et cela me suffisait. Je décris a posteriori et de façon tout à fait phénoménologique l'effet éponyme du film et ses conséquences paradoxales - la confusion de "la Shoah" et de Shoah-, Meschonnic traduit cela - fameux traducteur que voilà  ! - en volonté d'"appropriation".
 
Traducteur de ce qu'il refuse d'appeler la Bible, il se croit, à ce titre, autorisé à mettre à sac et à détruire toute culture constituée, obsédé par le bon commencement comme d'autres l'étaient par la race pure. Au nom de l'hébraïsation, il ne renâcle pas devant l'illisibilité et le sentiment de sa toute-puissance sur les mots excite plus encore ses instincts de serial killer, pour reprendre une expression dont Michel Deguy l'avait gratifié.
 
Sa cible ultime - il aura fallu attendre vingt ans pour qu'il se réveille de son sommeil dogmatique et la désigne -, c'est Shoah  : l'hébraïseur de "Bible" ne veut pas d'un mot hébreu pour nommer "la Chose". Sous le galimatias et les approximations meschonnesques, on ne trouve qu'une quête égarée du "bon mot", qui lui fait faire des choix contradictoires, voire exclusifs les uns des autres. Etrange vision de la philologie  : les mots exprimeraient si exactement les choses qu'il y aurait pour tout un mot juste, un mot parfait.
 
Or - et c'est cela qui atteint Meschonnic au cœur -, la puissance du mot "Shoah" n'est pas celle de l'exactitude, je l'ai montré plus haut. Mon ignorance proclamée de l'hébreu et le triomphe de Shoah, film et mot confondus, affoleront les cuistres jusqu'à la fin des temps. Shoah "pollution de l'esprit"  ; "le scandale de ce mot"  ; "  mot empoisonné"; "qu'on laisse le mot "Shoah" aux poubelles de l'Histoire". Diantre  ! Le killer ne rit pas, est prêt à tout accepter et à mentir sans vergogne pour parvenir à ses fins  : "Tout, ose-t-il dire, était parfaitement nommé -par les nazis-. Les états d'âme concernant la désignation sont apparus en 1944-1945."
 
Meschonnic m'a-t-il entendu lire, à la fin de la première époque de Shoah, le rapport hallucinant de Just, daté du 5  juin 1942, adressé à l'Obersturmbannführer Walter Rauff, sur les améliorations à apporter à la construction des camions à gaz  ? Les juifs asphyxiés à l'oxyde de carbone des moteurs étaient appelés "le chargement"; si on parlait de leur nombre, on disait "le nombre des pièces (en allemand Stück) à charger". A-t-il vu Motke Zaidel et Itzhak Dugin raconter, en larmes  : "Les Allemands avaient même ajouté qu'il était interdit d'employer le mot "mort" ou le mot "victime" parce que c'était exactement comme un billot de bois, que c'était de la merde, que ça n'avait absolument aucune importance, c'était rien"...
 
"Les Allemands nous imposaient de dire, concernant les corps, qu'il s'agissait de Figuren, c'est-à-dire de marionnettes, de poupées ou de Schmattes, c'est-à-dire de chiffons."
 
Il me paraît clair, rapportant ces paroles, que l'éradicateur n'a jamais vu Shoah, qu'il ne sait pas de quoi il parle. Pour le maniaque du "bon mot", tous les mots sont meilleurs que le mot hébreu, même les mots nazis. Le meurtrier, non content d'avoir assassiné, doit-il en plus être le maître du nom et du sens de ce qu'a subi la victime  ?
 
L'antisémitisme (ce n'est peut-être pas le "juste" mot, mais avec le temps et l'usage, il l'est devenu  !), c'est la haine métaphysique pour le peuple qui est à l'Origine et le sait et le veut. Il est parfaitement cohérent de désigner le paroxysme de cette haine par un mot hébreu. Même n'entendant pas la langue et bien avant de m'être résolu pour "Shoah", je savais, dès le commencement de mon travail, que je voulais imposer notre propre vision de la catastrophe, celle des victimes et des survivants.
 
"L'hébreu, dit platement Meschonnic, n'était pas la langue de ceux qu'on a massacrés, l'hébreu leur était une langue liturgique." Non, c'était la langue de l'Origine au nom de laquelle on les a transformés en victimes plutôt que de les laisser être tranquillement des Russes, des Français, des Polonais, des Grecs, des Hollandais... C'est aussi la langue d'Israël. J'ai appris de Sartre que se réapproprier le tort absolu est le premier pas vers l'authenticité et la liberté. Cette réappropriation commence par le nom  : je serai le nègre, je serai le juif.
 
En vérité, le cuistre se moque bien du mot "Shoah". Son problème est la Chose, dont il convient de se débarrasser au plus vite, comme le souhaite aujourd'hui, pour des raisons au départ diverses mais finalement confluentes, une bande hétéroclite et bruyante. Se débarrasser de la Shoah ou tout au moins la remettre à sa place. Ils s'emploient à ce qu'au fil du temps cette place soit de plus en plus congrue, les béantes "poubelles de l'Histoire" attendent.
 
Pourtant, qu'ils ne soient pas trop pressés  : Shoah, indissolublement les victimes et les témoins survivants, la Chose, le mot, le film ont été plus présents que jamais au cours de la commémoration du soixantième anniversaire de la libération d'Auschwitz, ils ont touché et marqué pour toujours des générations nouvelles, des cœurs et des consciences innombrables.
 
Un travail de titan attend Meschonnic, le grand débaptiseur.
 
Claude Lanzmann est directeur de la revue "les temps modernes".
 
Droits de reproduction et de diffusion réservés Le Monde 2002.
Usage strictement personnel.

n°1465
DuD
Posté le 03-03-2005 à 10:35:21  profilanswer
 

merci heptarts pour cet article...
 
je rajouterai simplement que, comme beaucoup le savent et peu le disent, la population tsigane, les Roms ont aussi subi cette ... "chose", et que ça n'a pas non plus commencé il y a 70 ans.... Et ils n'ont été aucunement mentionnés depuis le début de ce ... débat !

n°1468
docpsyko
Posté le 03-03-2005 à 23:00:31  profilanswer
 

Citation :

Et vous, les arootsiens, vous êtes là en train de vous branler sur l'effet architectural sans vous rendre compte de ce que je viens de raconter. alors, soit vous vous etes pas rendu compte donc des simple moutons, soit vous vous etes rendu compte mais vous vous en foutez totalement.


 
Victor,
 
Je comprends ta réaction.
 
Il faut toutefois replacer la construction du mémorial dans son époque : il a été inauguré en 1962.
Or, à cette époque, la France vivait largement dans le mythe d'une France "Résistante", les hommes au pouvoir étaient issus de la résistance gaulliste, et puis, dans le fond, cette vision de l'Histoire des années de guerre arrangeait tout le monde.
Les premiers questionnements sur la France de 40-44 datent me semble-t-il des années 70 ("le chagrin et la pitié" d'Ophuls, le livre de Paxton sur la France de Vichy...)
 
Ailleurs, mais dans le même temps finalement : l'inauguration du monument d'Auschwitz en 1965 a été l'occasion d'un discours fleuve (2h) célébrant "la résistance au fascisme", celle de l'Armée Rouge... et le mot "juif" n'est même pas prononcé dans ce discours !
 
Ceci était un autre temps : il me semble qu'aujourd'hui, l'AMPLEUR et la SPECIFICITE du génocide des juifs ont (re)pris la place qui leur est due :
La commémoration du soixantième anniversaire a largement été relayée par les médias (Shoah diffusé en continu sur la 3, etc...) et a sans doute permis d'en donner une image plus juste, c'est très bien ainsi.
 
Après, c'est à chacun d'entre nous de mesurer à quel point cet évènement pèse sur notre vie.
 
Je crois donc qu'il ne faut pas faire un procès au Mémorial tel qu'il a été pensé et réalisé il y a 40 ans, pas plus qu'il ne faut suspecter les visiteurs de "mémoire sélective", ou d'adhérer à une vision faussée de la déportation.
 
 
A titre personnel, en voyant les deux cent mille morceaux de verre du Mémorial, je n'ai pas fait de comptabilité, mais sache que j'y ai surtout vu les martyrs juifs.

n°1472
Tomtom
Posté le 03-03-2005 à 23:23:50  profilanswer
 

Le génocide est malheureusement jusqu'à présent une constante de notre histoire: nazisme, rwanda, darfour... Et il y en tant d'autres...
 
N'oublions personne et surtout pas qu'au delà de notre culture, au delà du peuple auquel nous appartenons, nous faisons avant tout partie de l'humanité.
 
Aucun génocide, aucun meurtre, n'est moins excusable qu'un autre.
 
Au delà même de du massacre des juifs, le mémorial de la déportation nous invite à méditer sur la nature même de ces "évenements", sur la monstruosité de telles éliminations si massives qu'elles diluent la personnalité, la culture et au-delà, la qualité même d'humain.
 
Il serait bon également de s'interroger sur ces "livres sacrés" qui, Bible, Coran ou Talmud, invitent sans relache, au massacre, à l'élimination de l'ennemi, guidé par la main de dieu.
 
Même dans le nouveau testament: "je ne suis pas venu pour la paix, mais pour le glaive".
 
Personne n'a le monopole de l'inhumain. Il me reviens cette image de colons israeliens déclarant: "le paysage est joli, dommage qu'il y ait tous ces arabes".
 
On a parfois l'impression que le monde n'avance pas.


Aller à :
Ajouter une réponse
 

Architecture Art design culture photo cao dao informatique Pro écoles d'architecture